Qui est Alice Guy, la première femme réalisatrice de l’histoire du cinéma ?

Vous connaissez les frères Lumière. Leur nom est associé aux débuts du cinéma, notamment à leur première projection publique en 1895. On connaît aussi cette fameuse image d’un train entrant en gare qui aurait, dit-on, effrayé les spectateurs.

Vous avez très probablement entendu parler de Georges Méliès, un des pionniers du cinéma de fiction.

Mais connaissez-vous Alice Guy ?

Elle aussi était là, aux tout débuts du cinéma. Et elle n’était pas simplement spectatrice de cette révolution. Elle allait contribuer à transformer une invention destinée à montrer des images en un nouveau moyen de raconter des histoires.

Pourtant, son nom a presque disparu des récits consacrés à la naissance du septième art.

Comment une femme qui a réalisé des centaines de films a-t-elle pu être oubliée à ce point ?

Revenons sur ses débuts, à Paris, en 1896…

Alice Guy, de secrétaire à réalisatrice

Le cinéma vient à peine de faire son apparition et on ne sait pas encore très bien ce qu’il va devenir. Une invention attire les curieux : des images qui bougent. On regarde des ouvriers sortir d’une usine, des scènes de la vie quotidienne, des événements filmés sur le vif. C’est fascinant, mais c’est surtout une fascination technologique. On filme des images pour montrer les possibilités du matériel.

Alice Guy a 23 ans et travaille comme secrétaire chez Léon Gaumont, après des études de dactylo, un parcours classique pour une femme de cette époque. Rien, a priori, ne la destine à devenir une pionnière du cinéma.

Alice aime le théâtre et les histoires.

Elle propose à Léon Gaumont de tenter de filmer une histoire de fiction. Ce dernier accepte, à condition qu’elle réalise le projet en dehors de son temps de travail.

En 1896, elle réalise La Fée aux choux, une courte scène fantastique dans laquelle une fée fait apparaître des bébés dans un jardin de choux.

Et Alice ne va pas s’arrêter là. Elle va consacrer sa vie au cinéma et explorer ce que ce nouveau langage permet. Elle écrit, met en scène, dirige les acteurs et expérimente les décors, les trucages et les effets spéciaux. Elle tourne des comédies, des drames et des histoires fantastiques. Elle s’intéresse également très tôt au son.

Au fil des années, son rôle chez Gaumont prend de l’importance. Elle supervise notamment la production de films de fiction, alors que le cinéma cherche encore son langage.

Alice Guy part aux États-Unis

Devenue réalisatrice et directrice de la fiction chez Gaumont, Alice Guy rencontre Herbert Blaché vers 1906, lorsqu’il est engagé comme cadreur par le studio Gaumont. Ils se marient en 1907 et partent s’installer à New York. Herbert Blaché, dont la mère est britannique, est parfaitement bilingue.

Il devient le représentant de Gaumont aux États-Unis. Le couple fait la tournée du pays pour promouvoir le Chronophone Demenÿ-Gaumont, une machine permettant de synchroniser l’image d’un film avec un enregistrement sonore.

Herbert Blaché dirige également les studios Gaumont à New York et contribue à la commercialisation des réalisations américaines de sa femme.

En 1910, Alice Guy-Blaché crée sa propre compagnie cinématographique, la Solax. Elle ne se contente plus de réaliser des films : elle produit, dirige une entreprise, fait construire un studio et continue à tourner.

Des centaines de films.

Plus de 700 films

Le chiffre exact reste difficile à établir en raison des copies perdues et des attributions parfois incertaines. Les estimations dépassent largement les 700 réalisations auxquelles elle a participé entre la France et les États-Unis.

Il faut s’arrêter un instant sur ce parcours.

Alice Guy n’a pas simplement réalisé quelques films à une époque où les femmes étaient rares derrière une caméra. Elle a participé aux débuts d’une industrie qui allait devenir l’un des grands phénomènes culturels du XXe siècle.

Et pourtant…

Son nom va progressivement disparaître.

Comment Alice Guy a-t-elle été oubliée ?

Alice Guy était là aux débuts du cinéma. Elle avait réalisé des films de fiction, occupé un rôle important chez Gaumont et créé son propre studio aux États-Unis. Pourtant, au fil des années, les récits consacrés à l’histoire du cinéma vont surtout retenir les noms des hommes.

Son travail est minimisé, parfois attribué à d’autres, et son rôle de pionnière tombe peu à peu dans l’oubli.

Alice Guy, elle, n’a pourtant pas oublié.

Elle tente de faire reconnaître son travail et raconte son parcours dans ses mémoires, Autobiographie d’une pionnière du cinéma. Mais sa reconnaissance tarde. Lorsqu’elle meurt en 1968, aux États-Unis, elle n’a pas encore retrouvé la place qui aurait dû être la sienne dans l’histoire du cinéma.

Il faudra attendre plusieurs décennies pour que son œuvre soit redécouverte et que son rôle soit progressivement réhabilité.

Pourquoi l’histoire d’Alice Guy est-elle inspirante ?

On pourrait raconter son histoire simplement comme celle de la première femme réalisatrice , une pionnière qui aurait ouvert la voie aux femmes du cinéma. C’est vrai. Mais son histoire raconte, à mon sens, quelque chose d’encore plus intéressant.

Elle a regardé une invention technologique et s’est demandée ce qu’elle pouvait en faire.

Derrière la machine, elle a vu une possibilité. Là où il n’existait pas encore de métier clairement défini, elle s’est mise au travail. Et surtout, elle n’a pas attendu que quelqu’un lui explique comment faire.

Elle a commencé.

Puis elle a appris. Puis elle a continué jusqu’à créer son propre studio.

C’est cela, être pionnière : avancer sans corde, puis tendre la corde aux autres une fois le chemin ouvert. 

Alice Guy ne savait pas où ce chemin la mènerait au départ. Elle avait simplement une idée.

Et elle a essayé.

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