Pourquoi La Joconde est-elle un chef-d’œuvre ?

Quand j’étais petite, pour moi, la joconde, c’était l’autre nom de la colombe. Un oiseau de la paix. Rien que son nom était imprégné de mystère et de poésie. 

Pourquoi La Joconde est-elle un chef-d’œuvre ? La question peut sembler naïve si l’on connaît bien l’histoire de l’art et la Renaissance italienne. Mais si ce n’est pas votre cas, vous allez enfin comprendre ce qui fait de cette œuvre un chef-d’œuvre.

Ce n’est pas simplement parce qu’elle est jolie, parce que son regard semble nous suivre ou parce qu’elle arbore ce sourire énigmatique. Ce ne sont pas non plus les innombrables histoires qui entourent son modèle qui en font une œuvre d’art. 

Mais alors, qu’est-ce qui fait de La Joconde une œuvre d’art ? 

La Joconde est une prouesse technique

de Vinci voit la peinture comme une science. Il faut rappeler qu’à la Renaissance, les arts et les sciences sont intimement liés. On sort d’une période d’obscurantisme où la religion était le centre du monde. À la Renaissance, c’est l’Homme qui devient le centre.

Léonard de Vinci observe pour comprendre la nature et les êtres. Il remplit des carnets entiers de dessins, d’observations anatomiques, de recherches sur la lumière, les mouvements de l’eau ou encore le fonctionnement du corps humain. 

Ainsi, si nous revenons à La Joconde, Léonard de Vinci met au point le sfumato, une technique qui consiste à fondre progressivement les contours et les passages entre ombre et lumière. 

Léonard travaille notamment par superposition de couches très fines et translucides, les glacis, afin de créer des transitions extrêmement douces. 

Sfumato vient de l’italien sfumo, « fumée ». L’idée est de créer un effet vaporeux en faisant disparaître progressivement les contours pour donner une impression d’expression plus vivante au visage, moins figé, tandis que l’image l’est pourtant. 

Le résultat est particulièrement visible autour des yeux et de la bouche. C’est aussi ce qui participe à l’expression ambiguë du sourire.

Le sourire de la Joconde

Le sourire est essentiel.
Léonard ne donne pas à son modèle l’expression distante ou solennelle que l’on retrouve dans beaucoup de portraits de l’époque. Il cherche au contraire à suggérer une vie intérieure, une émotion, une expression vivante.

Grâce au sfumato, les contours de la bouche ne sont jamais complètement nets. Notre œil reconstruit en quelque sorte l’expression et peut avoir l’impression que le sourire change selon l’endroit où nous regardons.

Le sourire est prêt à se transformer. S’ouvrir ou se fermer ? C’est justement parce qu’il est difficile à saisir qu’il continue à nous intriguer.

Léonard de Vinci innove aussi dans la manière de représenter le paysage

Le paysage, lui, semble sauvage : pas de ville, pas d’architecture, seulement des rochers, de l’eau, des chemins et des montagnes. Il contraste fortement avec le personnage soigneusement installé au premier plan. On peut y voir une opposition entre nature et monde civilisé, voire y projeter des interprétations plus symboliques sur notre part animale ou notre rapport au désir. Mais là, je m’aventure sur le terrain de l’interprétation : Léonard ne nous a pas laissé le mode d’emploi du tableau. 

Léonard utilise également l’estompage dans ce paysage pour créer ce qu’on appelle une perspective atmosphérique. Les éléments éloignés deviennent moins nets et moins contrastés, comme ils le seraient dans la réalité. 

Pour Léonard, l’air lui-même modifie notre perception des choses. Plus un objet est éloigné, plus l’atmosphère située entre lui et nous est importante : ses contours deviennent moins précis, ses couleurs changent et tendent vers des teintes plus froides. Il appelle cela la perspective aérienne ou atmosphérique. 

La brume que l’on voit dans le paysage de La Joconde n’est donc pas seulement décorative. Elle participe à la profondeur du tableau. 

Les détournements de La Joconde

Marcel Duchamp détourne La Joconde en 1919 avec L.H.O.O.Q. – à lire absolument à haute voix -, une œuvre qui fait partie des ready-made modifiés de Duchamp. Il s’agit d’une reproduction de La Joconde au format carte postale sur laquelle il dessine une moustache et une barbiche.

Par la suite, il y a eu Andy Warhol, évidemment, puis la publicité et de nombreux artistes contemporains. La Joconde est devenue une image que l’on peut détourner, réinterpréter, parodier ou simplement reproduire. Son visage nous est tellement familier qu’il suffit de quelques traits pour que nous sachions immédiatement de quelle œuvre il s’agit.

Pourquoi l’image de La Joconde est-elle autant récupérée ? Parce qu’elle est devenue bien plus qu’un tableau. Elle est devenue un symbole de l’art lui-même. Une sorte d’icône artistique universelle.

Et c’est peut-être là que se trouve l’un des secrets de sa célébrité : La Joconde n’est plus seulement une œuvre que l’on regarde. C’est une œuvre que l’on reconnaît, que l’on cite et que l’on détourne.

Léonard de Vinci, influenceur

Alors qu’est-ce qui fait que La Joconde est une œuvre d’art.. et qu’est-ce qu’une œuvre d’art tout court ? Une œuvre d’art n’est pas un objet qui est forcément  beau. Et même, il peut parfois être considéré comme laid – Cela pourrait d’ailleurs être un sujet à développer dans un prochain article du Carnet. Je me le note.

La Joconde est une œuvre d’art parce qu’elle est le résultat d’une démarche artistique, d’une innovation, de recherches et d’un choix de représentation singulier.

Son importance ne vient pas uniquement de ce qu’elle représentait à l’époque, mais aussi de l’influence qu’elle a eue et de la manière dont les générations suivantes l’ont regardée.

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