J’ai bouiné toute la journée… Vous connaissez ce verbe, bouiner ? C’est un mot régional du nord-ouest de la France qui signifie bricoler, s’occuper à de petites choses, faire des trucs sans forcément avoir un objectif précis. Bref, on s’active, on bidouille, on s’occupe. À ne pas confondre avec glander, qui évoque plutôt le fait de ne rien faire. Même si, soyons honnêtes, la frontière peut parfois être mince.
J’avais envie de passer en revue quelques mots et expressions qui ont envahi les conversations, les réseaux sociaux et, pour certains, les dictionnaires. Des mots qu’on entend partout, qu’on comprend plus ou moins bien et qu’on finit parfois par employer sans trop savoir d’où ils viennent.
Entre les emprunts à l’anglais, l’argot ivoirien, le vocabulaire des jeux vidéo et les inventions d’Internet, notre langue ne manque pas d’imagination.
Alors, prêts à réviser votre vocabulaire ? Voici 10 mots et expressions à connaître pour comprendre le langage d’aujourd’hui. Et rassurez-vous : il n’y aura pas d’interro à la fin.
1. Six-seven (ou 6-7) : mais ça veut dire quoi, au juste ?
Voilà une expression qui a de quoi laisser perplexe. Six-seven, ou 6-7, s’accompagne d’un mouvement caractéristique des mains et s’est répandue à toute vitesse sur les réseaux sociaux, notamment auprès des plus jeunes.
Le phénomène a été popularisé par des vidéos virales et par la musique, avant de devenir une sorte de code partagé. Le problème ? Son sens reste flou. Selon le contexte, l’expression peut évoquer quelque chose de moyen, une réponse un peu absurde ou simplement une manière de participer à une tendance collective.
Bref, on est loin d’une expression française avec une définition bien propre et bien rangée. C’est aussi ce qui fait le succès de certains phénomènes viraux : tout le monde reprend le geste, tout le monde connaît la référence, mais personne ne semble avoir besoin de l’expliquer.
Une petite victoire du langage ? Six-seven !
2. Goumin : quand le cœur fait des siennes
Le goumin, c’est le chagrin d’amour, la peine sentimentale, la nostalgie de quelqu’un qui nous manque. Un mot issu du nouchi, l’argot populaire ivoirien, qui s’est largement diffusé grâce à la musique et aux réseaux sociaux.
On peut être en goumin, avoir le goumin ou encore taper un goumin. Autrement dit, on souffre, on rumine, on repense à l’autre et on écoute peut-être une chanson triste en regardant par la fenêtre. Toute ressemblance avec des situations vécues serait purement fortuite.
Ce que j’aime dans ce genre de mot, c’est sa capacité à résumer une émotion complexe en quelques syllabes. Le français dispose pourtant déjà de tout un arsenal pour parler du chagrin d’amour. Mais goumin apporte une couleur particulière, une musicalité et une histoire culturelle qui lui appartiennent.
Et puis, avouons-le, dire « je suis en goumin » a une autre allure que « je traverse actuellement une période de détresse sentimentale ».
3. Rizz : le charme, version génération réseaux sociaux
Le rizz est une contraction populaire du mot anglais charisma. Il désigne le charisme, et plus particulièrement la capacité à séduire, à attirer l’attention et à faire de l’effet sans avoir besoin d’en faire des tonnes.
Avoir du rizz, c’est savoir trouver les bons mots, adopter la bonne attitude et faire mouche au bon moment.
Exemple : « Franchement, ton rizz est au top aujourd’hui ! »
Bon, il faut tout de même avoir un certain talent pour la séduction. Parce qu’une phrase de drague maladroite, même prononcée avec beaucoup d’assurance, ne fait pas forcément des miracles.
Du genre : « Je ne suis pas devin, mais je te vois bien m’enlever les mots de la bouche d’ici la fin de la soirée. »
Je ne sais pas vous, mais moi… bof.
Le rizz, c’est donc le charme naturel, mais avec une étiquette toute neuve. Comme quoi, on peut rebaptiser une qualité sans nécessairement la rendre plus séduisante.
4. Aura : quand le charisme se compte en points
L’aura, ce n’est pas vraiment un nouveau mot. On le connaissait déjà, notamment pour désigner une présence particulière, un rayonnement ou une forme de charisme. Mais voilà qu’il revient sur le devant de la scène avec un usage très codifié sur Internet.
On parle désormais de points d’aura. Une personne réalise quelque chose d’impressionnant, garde son sang-froid dans une situation embarrassante ou se sort d’un mauvais pas avec une pirouette magistrale ? Elle gagne des points.
À l’inverse, une chute spectaculaire, une remarque gênante ou un échec cuisant peut lui en faire perdre.
L’expression « Aura +1000 » sert ainsi à saluer un geste particulièrement classe ou impressionnant. Les fameux points d’aura ont aussi donné naissance à des battles d’aura, dans lesquelles chacun rivalise pour montrer qu’il possède le plus de prestance.
Imaginez un peu : vous ratez une marche, trébuchez, mais transformez votre faux pas en mouvement de danse parfaitement maîtrisé. Vous venez peut-être de perdre un genou, mais vous avez gagné mille points d’aura.
Tout est une question d’interprétation.
5. Chokbar : quand être choqué ne suffit plus
Vous êtes stupéfait, sidéré, bouche bée ? Vous êtes chokbar.
Ce terme d’argot, construit à partir de « choqué » avec une terminaison familière, exprime la surprise, l’incrédulité ou le choc face à une nouvelle inattendue.
« Quand j’ai appris qu’il avait démissionné du jour au lendemain, j’étais chokbar. »
Le mot a l’avantage d’être court, expressif et immédiatement compréhensible dans les conversations où il est employé. Il appartient à cette grande famille des mots familiers qui déforment ou prolongent un terme existant pour lui donner un petit supplément d’intensité.
Après tout, pourquoi se contenter d’être choqué quand on peut être chokbar ?
6. Banger : une pépite, tout simplement
À l’origine, un banger désigne notamment un morceau de musique particulièrement entraînant, puissant et efficace. Le genre de titre qui vous donne envie de monter le son, même si vous étiez tranquillement installé dans votre canapé cinq secondes auparavant.
Mais le mot a largement dépassé le monde de la musique.
Aujourd’hui, un film peut être un banger, un plat peut être un banger et même une tenue peut mériter ce qualificatif.
« Tu as vu le dernier épisode de cette série ? C’est un banger ! »
Traduction : c’est excellent, c’est une réussite, c’est une pépite.
Le terme a quelque chose de pratique : il permet de manifester son enthousiasme sans avoir à dérouler tout un argumentaire. Un seul mot, et le verdict est rendu.
Reste à savoir si tous les bangers se valent. Parce qu’entre une chanson qui vous fait danser et un gâteau au chocolat qui vous fait fermer les yeux de bonheur, la concurrence est rude.
7. PNJ : sommes-nous tous des personnages secondaires ?
PNJ signifie personnage non-joueur. À l’origine, le terme vient des jeux vidéo et des jeux de rôle. Il désigne un personnage qui n’est pas contrôlé par un joueur humain, mais par le jeu lui-même.
Jusque-là, rien de bien méchant.
Sur Internet, le terme a toutefois pris un sens figuré, parfois moqueur. Un PNJ est alors une personne considérée comme dépourvue d’esprit critique, qui répète les mêmes comportements que tout le monde ou semble suivre le mouvement sans jamais prendre de décision personnelle.
« Il ne prend jamais aucune décision, il se contente de suivre le groupe comme un PNJ. »
L’image est parlante : on imagine un personnage qui répète les mêmes phrases, suit un parcours préprogrammé et attend que quelqu’un interagisse avec lui pour faire quelque chose.
Mais attention à l’étiquette. Qualifier quelqu’un de PNJ peut être blessant et sert parfois à disqualifier ceux qui ne pensent pas comme soi. Le mot est amusant dans certains contextes, moins lorsqu’il devient une manière de nier la personnalité des autres.
Et puis, si l’on y réfléchit, qui n’a jamais suivi machinalement une routine, pris le même trajet ou répondu « ça va, et toi ? » sans même écouter la réponse ? Nous avons tous nos petits moments de personnage secondaire.
8. Slay : quand tout est réussi
Le verbe anglais to slay signifie littéralement « tuer ». Mais dans l’argot contemporain, notamment sur les réseaux sociaux, le mot a pris un sens beaucoup plus flatteur : assurer, impressionner, avoir énormément de style ou réussir brillamment.
« Elle slay ! »
Comprenez : elle assure, elle est impeccable, elle fait sensation.
On peut aussi dire qu’une tenue slay, qu’une prestation slay ou qu’une personne a complètement slay son passage.
Le terme est particulièrement employé pour complimenter quelqu’un sur son apparence, son assurance ou sa performance. Il exprime une admiration enthousiaste, sans avoir besoin d’un long discours.
En français, on pourrait dire « elle déchire », « elle assure » ou « elle est canon », selon le contexte. Mais slay possède cette petite touche internationale qui fonctionne particulièrement bien sur les réseaux sociaux.
Et si quelqu’un vous dit que vous slayez aujourd’hui, inutile de chercher une explication compliquée : prenez le compliment !
9. FOMO : la peur de rater quelque chose
Le FOMO est l’acronyme anglais de Fear Of Missing Out, que l’on peut traduire par « peur de passer à côté de quelque chose ».
Vous connaissez peut-être cette sensation : vous voyez les photos d’une soirée à laquelle vous n’avez pas participé, les vidéos d’un concert auquel vous n’êtes pas allé ou les publications de vos amis partis en week-end. Et soudain, vous avez l’impression d’avoir raté un événement extraordinaire.
C’est ça, le FOMO.
Le phénomène ne date pas des réseaux sociaux, mais ceux-ci peuvent largement l’amplifier. À force de voir les autres partager leurs meilleurs moments, on peut finir par croire que tout le monde vit des expériences passionnantes, sauf nous.
« J’ai le FOMO : tout le monde est à cette soirée et je suis chez moi. »
Le paradoxe, c’est que l’on peut passer une excellente soirée chez soi tout en regrettant de ne pas être ailleurs. Comme si le simple fait de savoir que quelque chose se passe sans nous suffisait à nous empêcher de profiter de ce que nous faisons.
La prochaine fois que vous ressentirez cette petite frustration, posez-vous une question : est-ce que j’ai vraiment envie d’y être, ou est-ce que j’ai simplement peur de manquer quelque chose ?
La nuance peut changer pas mal de choses.
10. « C’est quoi le thème ? » : mais qu’est-ce qui te prend ?
Et pour finir, une expression qui me fait particulièrement rire : « C’est quoi le thème ? »
L’expression est employée pour réagir à un comportement inattendu, étrange, exagéré ou franchement incompréhensible. En gros : « Qu’est-ce qui te prend ? », « Pourquoi tu fais ça ? » ou « C’est quoi ton problème ? »
Imaginez un ami qui se met soudain à chanter à tue-tête au milieu du supermarché, un collègue qui arrive déguisé un mardi matin sans raison apparente ou quelqu’un qui lance une théorie complètement improbable au beau milieu d’une conversation.
Votre réaction : « Mais c’est quoi le thème ?! »
Ce qui me plaît, c’est le décalage entre la formulation, presque anodine, et l’étonnement qu’elle exprime. On dirait qu’il existe un thème officiel à respecter dans chaque situation et que quelqu’un vient de sortir du programme sans prévenir.
Après tout, pourquoi faudrait-il toujours être prévisible ?
Les mots changent, et notre façon de parler aussi
Ce petit tour d’horizon montre à quel point le vocabulaire évolue au fil des générations, des cultures et des usages numériques. Certains termes viennent de l’anglais, d’autres de langues et de pratiques culturelles différentes, tandis que quelques expressions prennent un sens nouveau une fois adoptées sur les réseaux sociaux.
Tous ne sont pas forcément nouveaux, et leur popularité ne signifie pas qu’ils ont tous fait leur entrée dans les dictionnaires. Mais ils témoignent d’une langue vivante, qui emprunte, transforme, invente et s’amuse.
On peut trouver certains de ces mots amusants, d’autres agaçants, et quelques-uns franchement inutiles. C’est le jeu : la langue appartient à ceux qui la parlent, et chaque génération y apporte sa petite contribution.
Quant à moi, je continuerai volontiers à bouiner. C’est tout de même plus sympathique que de glander, même si, parfois, on ne sait plus très bien dans quelle catégorie ranger sa journée.
Alors, est-ce que vous connaissiez tous ces mots et expressions ? Lequel n’aviez-vous pas ?





