75 tours. Une petite ville de l’Aude. Des coureurs qui repassent inlassablement devant les spectateurs. Des habitants aux balcons, des familles dans les rues et des amis venus se retrouver. Le 15 août, à Quillan, le vélo devient bien plus qu’une course : c’est un rendez-vous populaire.
Il y a des événements qui deviennent des habitudes. À Quillan, le 15 août, c’est le Critérium.
Pendant quelques heures, les rues changent de rythme. Les barrières s’installent, les spectateurs prennent place le long du parcours, les habitants regardent depuis leurs fenêtres ou leurs balcons. Des chaises apparaissent, une buvette s’installe. L’ambiance est joyeuse.
Puis les coureurs s’élancent après avoir signé des autographes.
75 tours.
Soixante-quinze fois, ils parcourent le même circuit, qui fait un peu plus d’un kilomètre. Il faut moins de dix minutes à pied pour en faire le tour.
Pour les spectateurs, pas besoin de choisir un emplacement et d’y rester toute l’après-midi. On peut se déplacer, croiser les mêmes personnes, changer de point de vue et revenir voir la course quelques minutes plus tard.
C’est aussi ça, le Critérium de Quillan.
Qu’est-ce qu’un critérium cycliste ?
Un critérium est une course cycliste disputée sur un circuit relativement court, que les coureurs parcourent un grand nombre de fois.
Contrairement à une étape du Tour de France, où le peloton traverse des dizaines, voire des centaines de kilomètres, le critérium se déroule dans un espace beaucoup plus restreint.
Le critérium de Quillan est le plus ancien de France.
Le public peut donc suivre la course au fil des tours. À Quillan, on a le temps de regarder les écarts, de reconnaître les coureurs, de suivre une attaque ou de compter les secondes entre les groupes.
Ici, on a le temps.
Pourquoi appelle-t-on cela un « critérium » ?
Le mot critérium vient du latin criterium, lui-même issu du grec kritêrion, qui désigne un moyen de juger ou de décider.
Dans le sport, le terme s’est progressivement imposé pour désigner des compétitions permettant de confronter les performances des participants.
En cyclisme, il désigne notamment ces courses organisées sur des circuits courts, souvent en milieu urbain, où les coureurs effectuent de nombreux tours.
Le format rapproche forcément le public des coureurs. Ils ne sont pas simplement aperçus quelques secondes avant de disparaître au bout d’une route : ils reviennent, encore et encore, sous nos yeux.
Une course qui fait partie de l’histoire de Quillan
Le Critérium de Quillan n’est pas une nouvelle manifestation sportive.
Créé en 1938, il est devenu au fil des décennies l’un des rendez-vous emblématiques du cyclisme français.
De nombreux grands noms de la discipline y ont participé. Certains venaient tout juste de s’illustrer sur les routes du Tour de France.
Cette année, le Critérium avait aussi une tonalité particulière. Une minute de silence a été observée en hommage au cycliste britannique de 19 ans, Finlay Tarling, décédé deux jours plus tôt après avoir été percuté par une voiture lors du Tour du Portugal.
Malgré cette parenthèse solennelle, la course a ensuite retrouvé son ambiance habituelle.
Une course… et un spectacle de rue
Ce qui est assez étonnant, lorsqu’on regarde les coureurs effectuer leurs 75 tours, c’est que l’on pourrait s’attendre à se lasser de voir toujours le même parcours.
C’est tout le contraire.
Parce qu’on ne vient pas uniquement pour la compétition.
On vient aussi pour l’ambiance. Pour retrouver des amis, discuter, observer les coureurs, mais aussi les gens autour de soi. On peut aller boire un verre, faire quelques pas, s’arrêter ailleurs, puis revenir lorsque les coureurs repassent.
Et entre deux passages, la ville continue de vivre.
Une attaque, un changement de rythme, un coureur qui tente de creuser l’écart, un groupe qui revient : peu à peu, on se prend au jeu. On finit par savoir qui est devant, qui revient, qui semble souffrir.
C’est assez différent d’une grande course cycliste sur route. Lorsqu’un peloton traverse une ville, il passe en quelques secondes et poursuit sa route.
À Quillan, il revient.
Le vélo devient presque un spectacle de rue.
Quand les balcons deviennent des tribunes
C’est peut-être ce qui me plaît le plus dans le Critérium : voir à quel point il appartient à la ville.
Les spectateurs s’installent le long du parcours, discutent, se retrouvent. Et certains n’ont même pas besoin de descendre dans la rue.
Les balcons deviennent eux aussi des tribunes.
J’avoue avoir un faible pour ces scènes. Un habitant assis à sa fenêtre, une famille installée sur un balcon, quelques personnes qui regardent passer les coureurs depuis leur maison…
Ce sont des images qui me donnent presque envie d’en faire un tableau.
En bas, les coureurs filent à toute vitesse. Quelques mètres plus haut, les habitants observent tranquillement le spectacle.
Deux façons d’assister au même événement.
Une fête qui rassemble
Le 15 août est déjà une date particulière dans beaucoup de villes et de villages.
À Quillan, le Critérium fait partie de cette journée.
On vient pour le vélo, bien sûr. Mais aussi pour retrouver des amis, croiser des connaissances, sortir en famille ou simplement profiter de l’animation.
Les passionnés suivent les résultats et les stratégies. D’autres regardent sans forcément connaître les coureurs. Les enfants suivent les vélos lancés à toute vitesse. Les habitants profitent du spectacle depuis leurs fenêtres.
Chacun y trouve sa place.
Et c’est peut-être là que réside le véritable intérêt du Critérium : il n’est pas nécessaire d’être passionné de cyclisme pour participer à la fête.
Un patrimoine qui roule
On pense souvent au patrimoine d’une ville à travers ses monuments, ses bâtiments anciens ou ses paysages.
Mais le patrimoine peut aussi être immatériel : une fête qui revient chaque année, une tradition, une habitude collective, un rendez-vous que l’on attend.
Le Critérium de Quillan appartient à cette mémoire-là.
Depuis 1938, les coureurs se succèdent dans les rues de la ville. Plusieurs générations de spectateurs ont vu passer les champions, et certains continuent aujourd’hui à venir les regarder depuis les mêmes rues, parfois les mêmes balcons.
Les champions changent, les vélos aussi.
Mais le 15 août, à Quillan, le Critérium est toujours là.
Et cette année, c’est Dorian Godon qui s’est imposé, devant Lenny Martinez et Lewis Askey. Il a également rendu un hommage à Finlay Tarling.


